19 March 2021

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bipoc

PANDC d’Ubisoft : Anand Subramaniam

D’abord, pour poser le décor, revenons en arrière jusqu’aux années 2000. Imaginez un jeune garçon asiatique aux origines mixtes qui vit dans l’arrondissement North West London, en Angleterre. Un petit appartement envahi par la musique de Bollywood et de Kollywood émanant d’une chaîne HiFi, et des expressions en gujarati et en tamil qui se mélangent à l’anglais – les voix de mes parents, immigrants de première génération. C’est dans ce milieu que j’ai grandi.

C’était une époque où ma famille de la classe moyenne ne pouvait pas se permettre autre chose que les cinq chaînes de télé nationales offertes à tout le monde en Angleterre. Les visages comme le mien étaient à peu près absents de la télévision britannique. Rares exceptions notables : « Goodness Gracious Me » et « The Kumars at No. 42 », deux émissions de sketches humoristiques dans lesquelles brillait Sanjeev Bhaskar, qui demeure à ce jour l’une des plus importantes figures asiatiques dans l’industrie du divertissement britannique. Une autre était Konnie Huq, une animatrice de la vénérable émission pour enfants « Blue Peter ». Mais c’était à peu près tout. C’est l’un des principaux problèmes avec la représentation des Asiatiques dans les médias : elle est quasi-inexistante.

Tout le monde connaît les stéréotypes usés des propriétaires de dépanneur et des chauffeurs de taxi rencontrés dans toutes sortes de médias. « C’est un problème vieux comme le monde », me répond ma mère quand je lui demande son avis sur la question. Son anglais lui vient principalement de plusieurs décennies à regarder la télévision britannique. Elle m’explique que, comme de nombreux immigrants, les Indiens ont migré vers l’Occident (pour certains en passant par l’Afrique) en quête d’une vie meilleure, que ce soit pour obtenir une éducation supérieure ou spécialisée, ou dans le cas des ouvriers et travailleurs de l’après-guerre, pour simplement gagner leur vie avec le travail qu’ils arrivaient à trouver.

Le racisme faisait inévitablement partie du lot; ils étaient exclus parce qu’ils étaient différents. Je ne parle pas simplement de la couleur de leur peau, mais de leurs choix vestimentaires, de leur alimentation, de leur « odeur corporelle » – même leurs croyances religieuses et culturelles étaient pointées du doigt. Ironiquement, certains de ces éléments ont été assimilés et popularisés : le curry « à l’anglaise »; le haldi ka doodh (lait doré) et le chai masala mélangés au café et vendus comme des cafés au lait au curcuma ou au chai; l’appropriation culturelle des bindis comme accessoires de mode; l’adoption massive du yoga et de l’homéopathie par des traitements ayurvédiques.

Des décennies plus tard, certains immigrants sont effectivement devenus chauffeurs de taxis ou propriétaires de dépanneurs, car ce sont des métiers très lucratifs. Mais peu de choses ont changé : je connais de nombreuses anecdotes de membres de ma famille qui ont été victimes d’abus au travail et ont reçu leur lot d’insultes raciales. Ce comportement est plus que dépassé, et a par ailleurs toujours été déplacé, et pourtant c’est ce que j’ai vu en grandissant et ce que je continue de voir de nos jours. Les Asiatiques souffrent toujours de leur sous-représentation dans le milieu du divertissement : nous avons très peu de modèles inspirants; les acteurs sont confinés à un certain type de rôle ou jouent des personnages simplistes et unidimensionnels; plus souvent qu’autrement, ils sont relégués à une fonction comique. Dopinder, dans le film « Deadpool », ne date que de quelques années et incarne tous ces problèmes. Nous étions déjà en désavantage avec le nombre limité de rôles disponibles dans les récits occidentaux, mais ajoutez des stéréotypes racistes et nous ne pouvons même plus nous reconnaître lorsque nous voyons nos semblables à l’écran. Pour les immigrants de seconde génération ou plus, ça ne fait qu’ajouter à la difficulté que nous avons à nous connecter à nos origines et à conserver notre identité raciale et culturelle. Mais ce manque de visibilité n’est qu’une partie du problème. L’autre, c’est la mauvaise représentation.

Mon rêve de gagner ma vie en produisant des vidéos a débuté pendant l’enfance. Certains de mes souvenirs les plus chers de cette époque sont liés à mes visites dans un petit club vidéo avec ma mère, à quelques minutes de la maison. Elle me laissait choisir une cassette qui attirait mon attention, en me fiant seulement à la pochette et à la description; il n’y avait pas YouTube pour regarder les bandes-annonces à l’époque. Entre cette tradition et les vacances de Noël, pendant lesquelles je planifiais un marathon cinéma de deux semaines à l’aide des magazines « TV Guide » et « Radio Times », j’ai rapidement développé une passion pour les films en tous genres.

Un souvenir en particulier qui me vient à l’esprit en écrivant cet article est le rôle d’Amrish Puri en tant que Mola Ram dans « Indiana Jones et le Temple maudit ». Ayant vu beaucoup de films de Bollywood en grandissant, j’étais très excité à l’idée qu’un visage familier ait réussi à avoir un rôle en Occident, et dans un film de Spielberg en plus! Tôt dans le film, Indy et ses improbables compagnons tombent sur un petit village du nord de l’Inde. Et bien sûr, les villageois sont pauvres et sales, et supplient les personnages principaux de les aider.

« Ce n’est pas l’Inde! », de s’exclamer mon père. « Les villageois parlent cinghalais » – la langue nationale du Sri Lanka. Naïf et innocent, je me suis dit que c’était juste une excentricité du cinéma. Mais au fil de l’histoire, le contexte et le monde du film devenaient de plus en plus déconcertants pour mon cerveau de préadolescent. Le film prend rapidement un virage vers l’absurde : on voit les indigènes manger de la cervelle de singe; la déesse hindoue Kali a une apparence démoniaque; les rituels horribles qui lui sont voués relèvent davantage d’une secte que d’une religion. Ce n’était pas ce à quoi je m’étais attendu, ni ce que je connaissais de mon héritage culturel.

Plus vieux, j’ai choisi un programme d’étude des médias au lycée pour mon baccalauréat, qui a non seulement avivé mon amour du cinéma, mais aussi cette réflexion, me poussant à essayer d’y voir plus clair. Était-ce du racisme? Était-ce pour choquer? Était-ce pour la comédie, le satire, en poussant à l’extrême les idées reçues de l’Occident à propos de la mythologie indienne? Quelles étaient les intentions des cinéastes, et comment en sont-ils arrivés à ces choix? Pourquoi un acteur connu de Bollywood a-t-il accepté un tel rôle? J’ai rapidement découvert que Hollywood et ses homologues avaient un problème de diversité. Il manquait tout simplement d’authenticité et de perspective dans les histoires vendues et racontées par le cinéma occidental. Ce système dysfonctionnel mettait de côté la représentation des minorités ethniques au profit de la rentabilité et de la commercialité.

Autrefois, je révérais les Academy Awards – pendant des années, je restais debout toute la nuit pour regarder cet événement prestigieux et excitant. Vous avez peut-être entendu parler de la controverse des dernières années entourant ces prix réputés. Elle m’a poussé à y regarder de plus près, et à réfléchir à mes propres expériences en grandissant. J’ai réalisé soudain que nous n’avons pas besoin d’un morceau de bronze plaqué or pour nous dire qu’une histoire mérite d’être racontée; que les histoires qu’on considérait jadis trop risquées et impopulaires, parce qu’elles donnaient toute la place à une minorité visible, commençaient désormais à faire changer les choses.

Je pense que les créateurs (de couleur ou non) devraient positionner leurs histoires dans un contexte culturel et ethnique précis avec honnêteté, et non utiliser celui-ci comme simple curiosité, pour décorer ou donner un air exotique à leurs créations. Nous devrions poser un regard honnête, utiliser les moyens à notre disposition pour reconnaître les histoires plus authentiques et uniques, les célébrer et les aider à prendre vie et se démarquer si elles sont vraiment de qualité. Après tout, ce qui compte vraiment, c’est l’histoire de la condition humaine dans le cadre de ces différents contextes et identités. Un excellent exemple est « Le Mariage d’adieu » de Lulu Wang.

« Master of None » par Aziz Ansari a été une révélation pour moi. Je n’en revenais pas que quelqu’un ait accepté de donner sa chance à un humoriste asio-américain pour le rôle principal d’une comédie dramatique. La série a connu un grand succès auprès de la critique, et je ne peux pas m’empêcher d’être fier de cette réussite pour toute notre communauté. Si vous l’avez vue, particulièrement les épisodes deux et quatre de la première saison, vous comprendrez pourquoi. À mes yeux, Aziz Ansari est parvenu à saisir une occasion de présenter un récrit réaliste et auquel on peut s’identifier, qui montre au grand public ce que ça signifie d’être Asiatique en Occident.

J’ai développé une fascination quasi-obsessive pour le comédien britannique et sri-lankais Romesh Ranganathan à une certaine époque, et je cherchais sur YouTube tous les épisdes de « Mock The Week » dans lesquels il était présent. Cela m’a conduit à ses spectacles d’humour, puis à « Asian Provocateur », une comédie qui suit son voyage au Sri Lanka, un périple qui l’a aidé à découvrir sa famille, son héritage et ses racines. Quelques années plus tard, je suis tombé sur lui dans la rue. Pendant qu’il flanait, appuyé contre une vitrine du Topshop sur Oxford Street, je me suis approché avec appréhension. Bagayant et presque paralysé par l’anxiété, j’ai à peine réussi à me présenter, et certainement pas à engager une véritable conversation. Mais j’ai réussi à lui dire ceci : « Je suis aussi d’origine sri-lankaise, et je suis tellement fier de mon identité quand je vois le succès que vous rencontrez. »

Il m'a répondu en souriant : « Merci, l’ami! C'est vraiment gentil! »

UN News - BIPOC of Anand - Romesh

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